Dimanche 9 août 2009
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14:30
Ceux qui aiment la bonne chanson aimeront. Les adorateurs
de Jacques Brel adoreront. Ceux qui prennent plaisir à rêver se laisseront embarquer. Les bons vivants riront, les anticléricaux jubileront, et le spectateur torturé par mille interrogations
ressortira avec des images plein les yeux. Ceux qui admirent Tim Burton, Fritz Lang ou Dostoïevski
seront conquis. C’est mon autre coup de cœur du Festival d’Avignon : le Cirque des Mirages. Sur scène, deux hommes : un pianiste énigmatique à l’air
sympathique, Fred Parker. Un chanteur, à la silhouette immense et inquiétante, Yanowski. Le second a écrit les paroles, le premier la musique. Ils se sont rencontrés au milieu d’une rixe dans une
boîte de nuit aux Etats-Unis, et grâce à cette rencontre, nous offrent un tour de chant inestimable. Ils définissent ce spectacle comme cabaret expressionniste, ressuscitant en fait les grandes
heures de la chanson et du cabaret qui raconte et illustre une histoire. On pense, encore une fois, très fort à Jacques Brel…
Chaque chanson est un petit film ou une promenade dans des
endroits improbables. Ils convoquent sur scène des prostituées, des maffieux chanteurs de jazz, Docteur Jekyll et Mister Hyde et bien d’autres encore. Yanowski ne fait pas qu’écrire et chanter.
Sur scène, il est comme en transe. Il fait vivre de manière inouïe ses fabuleuses chansons. Avec une lumière, un accessoire et une musique, il nous fait voyager dans un univers parallèle
inquiétant, si bien qu’on se dit qu’il est un comédien impressionnant. Avec un chapeau et une lumière rouge, il est le diable, entraîné par une musique « endiablée » des
cartes. On oublie tout. Suspendu à ses lèvres, on ne réfléchit pas, on n’analyse pas. On se dit « wahouuuuu ! » et on voyage, c’est tout. Dans les recoins les plus sombres des
hommes. Par exemple dans la chambre d’un poète qu’un huissier de justice expulse. Le poète entre en transe, devient fou, commet un crime, se fait poursuivre par la police… Ce sont les mots
"image", "imaginaire", "rêve" et "univers" qui reviennent le plus pour parler du Cirque des Mirages. Pour autant que chaque chanson est un film différent, chacune pourtant apporte sa pierre à un
univers qui reste finalement le même. Peut-être à cause de la voix très caractéristique de Yanowski, on conçoit facilement qu’il s’agisse toujours du même univers et du même imaginaire, dont les
artistes s’appliquent à nous faire découvrir toutes les facettes, de la plus noire à la plus poétique. En passant par la gigantesquement déconcertante "J'ai vu Dieu..." Quand vous irez au concert
et que vous entendrez cette phrase, vous penserez à cette phrase...!
Ce qu’on attend souvent de la chanson se réalise
enfin : que la musique et la voix ne soient plus une performance en soi, mais qu’elles soient un outil, une voie, pour construire un univers différent, avec diable, monstre et amour. Car de
la poésie, il y en a aussi
beaucoup. Car la
plume de Yanowski ne se contente pas de nous dire « le diable existe ». Pas d’hérésie simpliste ni de chanson qui serait iconoclaste pour le principe. Non, la « patte
humaine » est omniprésente dans ce spectacle : c’est bien un univers humain, à portée de main. L’amour à mort est peut-être l’une des plus belles chansons d’amour jamais écrite
(à mon subjectif avis). Le rêve revient, voyage et est en permanence au centre de tout. Combien de chansons illustrent explicitement les rêves incroyables de l’esprit humain…? C’est bien un
imaginaire purement et simplement humain qui est illustré ici, non une construction gargantuesque à la Star Wars – laquelle, cependant, a bien d’autres qualités également ! Un point d’orgue
du spectacle serait la dernière, celle de l’aveugle. Yanowski, avec les mots les plus simples qui soient, en une minute trente, nous dit que l’art est le fruit d’un imaginaire humain. On fait de
l’art parce qu’on croit à notre imaginaire et à nos rêves. « Parce que c’est bon d’y croire ».
Le Cirque des Mirages, parce qu’il condense qualité et
originalité, doit être découvert à tout prix. Il est en passe de devenir mon chanteur préféré, tellement les images perçues pendant et après le spectacle sont belles et ouvrent de nombreuses
voies imaginaires. C’est beau, tout simplement. A ne pas rater, le passage aux Trois Baudets à Paris, du 10 au 30 novembre 2009. A acheter éventuellement, les deux CD déjà parus, l'un en studio,
l'autre en live.
Quelques chansons à découvrir. La quatrième, la
véritable histoire du christianisme, est pour un public averti. Quoiqu’on en pense, quelle qualité artistique, quel texte ! (« du Brassens chanté par Jacques Brel dit-on
ça-et-là sur des blogs !) Je ne la perçois pas comme un simple pamphlet… En tout cas, les autres sont d’une beauté…
Et quelques vidéos pour donner une idée de ce qu'est leur concert :
Un documentaire sur le Cirque des Mirages
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