Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /Nov /2009 22:22

Figaro divorce

 

De Ödön von Horváth

 

Mise en scène de Jacques Lassalle

A la Comédie-Française (salle Richelieu) du 26 septembre 2009 au 7 février 2010

Durée : 2h50 avec entracte

 

       On sentait monter l’ambiance révolutionnaire dans le mariage de Figaro. Beaumarchais faisait triompher les valets, ridiculisait les nobles. Mais que devait-il advenir du conte Almaviva, de sa femme, de son valet Figaro, de Suzanne, ou encore du page Chérubin après les évènements de 1789 ? C’est ce récit que l’auteur autrichien Von Horváth (1901-1938) se propose d’écrire. 1789 : Almaviva fuit, accompagné de sa femme, de Figaro et de Suzanne. Mais il est difficile pour les deux aristocrates de s’adapter. Figaro les quitte, soucieux désormais de sa réussite en tant qu’homme libre. Il ouvre un salon de coiffure. Suzanne le suit. Du valet revêche et plein d’esprit de Beaumarchais, Figaro passe alors au commerçant petit-bourgeois obséquieux, et Suzanne ne semble pas l’apprécier. Si bien qu’elle demande le divorce. Figaro l’opportuniste sent qu’il est temps de retourner en France faire son autocritique.

       J’hésiterais à dire que cette pièce est un chef-d’œuvre. Un peu plus de rythme, un choix plus marqué entre la pièce-chorale où l’accent sur un nombre réduit de personnages. Peut-être encore davantage d’émotion ou de profondeur dans chacun des personnages qu’on voudrait trouver encore plus intéressants. Voilà ce qui me l’aurait fait aimer encore un peu plus. Mais Jacques Lassalle tire le meilleur de cette très bonne pièce, peinture du désarroi de ceux qui ne peuvent s’adapter. Une pièce sur les pertes de repères, la décadence, qui balance délicatement entre l'ironie et le pathétique, où le tendre et exalté Chérubin devient un immonde, cynique et très opulent directeur de cabaret. Et c'est un temps, aussi, où les divorcés n'ont droit qu'au mépris et au soupçon, jamais à la reconnaissance ni au respect. 

       Lassalle est un directeur d’acteurs sensationnel. Que de précision dans les intentions de jeu ! L’harmonie absolument parfaite entre tous. Ce n’est pas dans une de ses mises en scène que l’on pourra dire que tel ou tel comédien est trop peu mis en valeur. On a l’impression qu’un amour pour le jeu et pour le public se déverse sur nous, tant chacun donne tout ce qu’il a. Michel Vuillermoz, le grand Vuillermoz de Cyrano, pour ne parler que de lui… Des impulsions tellement émouvantes. Triste, on le serrerait dans nos bras. Fougueux, on le suivrait. Obséquieux, on est mal à l’aise. En colère, on courrait se cacher. Quant à Bruno Raffaelli, la noblesse transpire de cet acteur comme, finalement, assez rarement. Florence Viala est particulièrement émouvante. Loïc Corbery, travesti en juriste aux tons nazis, est assez hallucinant.

       Enfin, un sens prodigieux de l’esthétique. Un régal visuel et musical comme rarement au théâtre. Le rideau se lève sur la forêt, de nuit. Un ciel sombre et étoilé, gigantesque et, à l'avant-scène, une scène qui pourrait être mythique ou biblique. Ou encore une terrasse de sports d’hiver cette fois d’une blancheur frappante. L’idée de la tournette, pour nous transporter d’un lieu à un autre selon les scènes, n’était peut-être pas le meilleur moyen. Mais en fait, les images que l’on garde longtemps après en tête sont celles d’une fresque vivante, précise, mobile. Vivante, oui, mais suspendue, en attente. Les phrases restent sans réponse, et c’est comme si le décor, en se mettant en mouvement, leur répondait. En attente, en suspension, car Figaro divorce, c’est avant tout le peinture d’une génération, d’un mode de pensée, comme l’on pourrait écrire sur les romantiques ou sur Mai 68. C’est le doute, le tiraillement, la tentative devant un évènement soudain qui dépasse totalement les protagonistes. La révolution, le mariage, voilà les images de ces évènements, intemporels. Des évènements qui mettent fin à un ordre des choses, celui du mariage, et privent les protagonistes de tous repères. La pièce est supposée suivre celle de Beaumarchais, mais Horváth l’a transposée au XXème siècle. C’est bel et bien qu’il s’agit de n’importe quelle révolution, toute révolution.

Claude Mathieu* : La sage-femme

Catherine Sauval : La comtesse

Thierry Hancisse : Pédrille

Sylvia Bergé* : La sage-femme

Bruno Raffaelli : Le comte Almaviva

Alain Lenglet : Le 1er douanier, le professeur et Antonio

Florence Viala : Suzanne

Céline Samie : Fanchette

Jérôme Pouly* : Le 2e douanier, le garde-forestier et le sergent

Michel Vuillermoz : Figaro

Christian Cloarec : L’officier, Joséphine, le Commissaire

Loïc Corbery : Le 4ème douanier, la juriste

Pierre Louis-Calixte : Le 3ème douanier, le client

Serge Bagdassarian : Monsieur de Chérubin

Gilles David* : Le 2ème douanier, le garde-forestier, le sergent

 

Géraldine Roguez : la secrétaire

Florent Gouëlou, Renaud Triffault, Corinne Martin : des pupilles de la nation

 

* en alternance

Par Benjamin Romieux - Publié dans : Théâtre
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Mon blog (année 2009-2010)

     Initialement, j’ai ouvert ce blog sans avoir d’objectif très clair. Je voulais avoir un endroit pour publier des articles sur ce que je voyais et ce que je pensais. Mes centres d’intérêt sont principalement, d’une part les sujets ayant rapport à la vie politique, l’histoire et la philosophie, d’autre part le théâtre. Depuis plusieurs mois, je consacre essentiellement ce blog à des commentaires de pièces de théâtre. Vous trouverez donc un certain nombre de ces commentaires à la rubrique « théâtre », mais aussi d’autres rubriques sur d’autres sujets. Pour l’année à venir, j’espère réussir à diversifier mes articles, ou en tout cas prendre le temps d’approfondir ce que j’écris.

     N’hésitez pas à me laisser des commentaires : ils me pousseront justement à écrire !

 

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Agenda Théâtre

Vu :
- 19 septembre : L'Avare à la Comédie-Française

- 20 septembre : Partage de midi au Théâtre Marigny
- 25 septembre : Les enfants de Saturne à l’Odéon
- 26 septembre : La Serva Amorosa au Théâtre Hébertot
- 2 octobre : La douleur au Théâtre de l'Atelier
- 3 octobre : Après la répétition au CDN d'Aubervilliers
- 4 octobre : Figaro divorce à la Comédie-Française
- 7 octobre : Philoctète au Théâtre de l’Odéon
- 10 octobre : Simplement compliqué aux Bouffes du Nord
- 16 octobre : Le songe de l'oncle à l'Epée de bois
- 17 octobre : Marie Stuart au TGP de Saint-Denis 
- 22 octobre : Parole et guérison au Th. Montparnasse
- 28 octobre : Vers toi, Terre promise au Théâtre Marigny
- 29 octobre : Les Diablogues au Théâtre Marigny
- 7 novembre : Frères et soeurs à la MC93
- 10 novembre : Les étoiles dans le ciel de l'aube à la MC93
- 11 novembre : (A)pollonia au Théâtre de Chaillot
- 15 novembre : Les démons à la MC93
- 17 novembre : Philoctète au Théâtre des Abbesses
- 21 novembre : La pièce sans nom à la MC93
- 24 novembre : Maison de poupée au Théâtre de la Colline
- 26 novembre : Tchevengour à la MC93
- 1er décembre : Vie et destin à la MC93
- 3 décembre : Les enfants du soleil au Théâtre 13
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                        Oncle Vania à la MC93
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- 10 décembre : Georges Dandin (Atelier Théâtre F. Jacquot)
- 11 décembre : Le dragon bleu au Théâtre de Chaillot
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- 19 décembre : Rosmersholm au Théâtre de la Colline
- 20 décembre (?) : Les joyeuses commères... à la C-F
- 22 décembre : Qui est Monsieur Schmitt ? (Madeleine)

A voir :
- 23 décembre (?) : J. Weber seul en scène au Th. Marigny
- 30 décembre : La petite Catherine de Heilbronn à l'Odéon

2010 :
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- 29 janvier : La flûte enchantée à la MC93
- 5 février : Blackface à la MC93
- 6 février : Woyzeck à la MC93
- 11 février : Maison de poupées à la MC93
- 12 février : Hedda Gabler à la MC93
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- 26 février : Maison de poupée au Th. de la Madeleine
- 12 mars : Cymbeline à la MC93
- 13 mars : Ode maritime au Théâtre de la Ville
- 16 mars : Zemire et Azor à l'Opéra Comique
- 19 mars : Les Justes au Théâtre de la Colline
- 23 mars : Un tramway nommé Désir au théâtre de l'Odéon
- 2 avril : Maison de poupée au théâtre des Amandiers
- 9 avril : La trilogie de la villégiature à la MC93
- 10 avril : Epousailles et représailles (th. des Amandiers)
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