Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 22:00

La Serva Amorosa

 

De Carlo Goldoni

Mise en scène de Christophe Lidon

Au théâtre Hébertot du 18 septembre 2009 au 3 janvier 2010

 

     A bien des égards, la Serva Amorosa fait partie de ces belles histoires, proches des contes, qui font partie d’un univers de princes, de paysans et de sorciers. Ici, pas de sorcières, et pourtant on pense à une belle histoire dans laquelle Béatrice, une marâtre, terrorise son vieil époux Ottavio, chasse Florindo, le fils de son mari, à quitter la maison. Pour, bien entendu, accaparer tout l’héritage du pauvre Ottavio manipulé jusque dans l’écriture du testament. Mais Coraline, la bonne et intelligente servante qui a accompagné Florindo dans son exil, et qui est secrètement éprise de son jeune maître, va tenter de renouer tous les liens familiaux et amoureux. En arrière-plan, une évidente influence de comedia del arte, qui se manifeste dans les caractères tranchés, à la fois caricaturaux et attendrissants à la manière des clowns ou des belles marionnettes. En filigrane, aussi, le portrait d’une servante en quête de reconnaissance et d’amour, qui n’ose pas révéler sa flamme de peur du ridicule, et qui conclura la pièce par un court plaidoyer pour la reconnaissance de la femme et de la servante.

     La mise en scène tire de la pièce le bon parti, en gardant cet esprit teinté de joie, de couleurs et de naïveté Un décor aérien, esthétique et irréel, qui nous fait aller de la chambre sous les toîts à la porte de chez Ottavio. Une énergie captivante chez à peu près tous. Robert Hirsch est totalement époustouflant. Lorsqu’on ne l’a jamais vu sur scène, ça fait un choc. Dans le rôle du vieil et sénile Ottavio, il réussit un grand tour de finesse, de tendresse et de comédie – on retiendra comme une scène d’anthologie la partie de cartes où Ottavio est agrippé à ses cartes. Claire Nadeau arrive également à toucher tout en restant inquiétante dans le rôle de Béatrice. J’ai en revanche été déçu par Clémentine Célarié, dont on m’avait dit beaucoup de bien, dont j’ai trouvé l’engagement et la présence vraiment en-deça de ce que j’attendais.

     Mais la pièce vaut toujours le coup, pour Robert Hirsch, pour le rire, et pour un peu d’évasion…

 

Avec Clémentine Célarié (Coraline), Claire Nadeau (Béatrice), Robert Hirsch (Ottavio), Denis Berner, Benjamin Boyer, Emilie Chesnais, Emilie Durand, Thierry Montfray, Guilhem Pellegrin, Pierre Zaoui.

 

 

 

La douleur

 

De Marguerite Duras

Avec Dominique Blanc seule en scène, mise en scène de Patrice Chéreau

Au théâtre de l’Atelier du 17 septembre au 11 octobre

 

     Dans ce texte, Marguerite Duras parle du retour des camps d’extermination avec une langue très saisissante. La mise en scène assez épurée – quelques chaises, une table, aucune musique, des lumières blanches – tire le meilleur de ce texte, que Dominique Blanc sert avec engagement et sincérité. Mais ici, j’ai eu l’impression que l’engagement et la finesse ne suffisent pas toujours à faire un grand moment de théâtre. Peut-être le texte de la douleur n’est-il pas assez théâtral, c’est-à-dire qu’il ne donne pas les clefs de ce moment unique qu’est la représentation. La douleur, les douleurs, oui, M. Duras les explore toutes. Pourtant, pour être porté à la scène, un texte de théâtral doit donner au personnage et à l’action une certaine humanité, une assise dans le lieu. Pas nécessairement de vérité, non. Mais un objectif, une raison d’être sur scène qu’on distingue mal. On imaginerait plutôt cette femme, devenue vieille, réservée, un peu secrète, et l’on lirait sans doute le texte avec grand intérêt. Sans difficulté, on pourrait supposer que cette femme écrive, car par l’écrit, le rapport avec le monde est indirect, et protège. Mais là, elle se livre directement, ce qui provoque un certain trouble, un certain paradoxe. Sur scène, on y croit moins, parce qu’il ne suffit pas d’un témoignage. Parce que sur scène, un personnage ne choisit pas, ne pèse pas ses mots comme il écrirait un témoignage. Si un personnage se confie sur scène, il ne peut qu’être direct, comme l’ami proche qui se confie à nous. Sinon, s’il n’est pas l’ami proche, naturel parce qu’il n’a pas peur, pourquoi se confierait-il ? Or, le texte ne donne en rien la possibilité d’installer ce lien charnel et naturel que suppose le contact sur scène. Le pari était donc difficile.

     Il n’en demeure pas moins que la mise en scène et le jeu de la comédienne restent excellents, et remplissent au mieux, dans les limites du possibles, le pari difficile de mettre ce texte à la scène.

 

 

 

Après la répétition

 

D’Ingmar Bergman

Mise en scène de Laurent Laffargue

Au théâtre de la Commune d’Aubervilliers du 23 septembre au 9 octobre

 

     Le réalisateur de cinéma Ingmar Bergman, féru de théâtre, se penche ici sur le côté coulisse. Un soir, après la répétition, la jeune comédienne Anna vient discuter avec le metteur en scène Vogler qui pourrait être son père. Ils parlent du métier d’acteur, de la vie. Ils évoquent la naïveté qui fait que l’on décide de croire à l’irréel au théâtre. Vogler montre à Anna comment, avec quelques briques, on peut créer un semblant de petit décor. Puis Anna disparaît, et c’est le flash-back : sa mère, Rakel, disparue depuis lors, apparaît en face de Vogler. Elle était comédienne, elle aussi. Une grande comédienne, perdue par son penchant pour la drogue. On comprend que Vogler et elle étaient amants, et qu’Anna pourrait bien être la fille du vieil homme.

     Beaucoup de tendresse est véhiculée par cette pièce. De l’illusion et de la désillusion aussi. Finalement, rien ne commence et rien ne finit. Les outils de mise en scène montrent bien à quel point l’illusion se décrète. La scène s’ouvre dans le noir. Une lumière, juste : la servante, cette lumière qui veille symboliquement sur le lieu scénique jour et nuit. Elle tourne. Une armoire trop grande, des murs trop dégarnis, des meubles trop vieux. Rien de vraiment réel. On vit durant cette pièce un beau rêve sur le théâtre, servi par trois excellents comédiens. Didier Bezace passe avec virtuosité du vieillard méchant  à l'homme usé, fatigué et attendrissant. Fanny Cottençon donne une bouleversante vérité et une impressionnante énergie à cette actrice ravagée : spontanéité, émotion, tout y est. Et Céline Sallette est très émouvante dans le rôle de la jeune actrice qui cherche ses marques, hésite, et est un peu désabusée lorsqu’elle sait qu’elle marche dans les pas d’une mère qu’elle déteste.

 

Avec Didier Bezace (Vogler), Fanny Cottençon (Rakel) et Céline Sallette (Anna)

Par Benjamin Romieux - Publié dans : Théâtre
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Commentaires

si vous avez apprécié l'article de dodine sur les éphémères, courez voir Les naufragés du fol espoir au Théâtre du Soleil : autant aller à l'essentiel
Commentaire n°1 posté par mathieu le 10/02/2010 à 23h23
Merci du conseil ! J'attendais depuis plusieurs mois de pouvoir aller voir ce spectacle, j'ai pris ma place dès que j'ai pu, et suis maintenant très impatient de le voir !
Réponse de Benjamin Romieux le 11/02/2010 à 00h22

Mon blog (année 2009-2010)

     Initialement, j’ai ouvert ce blog sans avoir d’objectif très clair. Je voulais avoir un endroit pour publier des articles sur ce que je voyais et ce que je pensais. Mes centres d’intérêt sont principalement, d’une part les sujets ayant rapport à la vie politique, l’histoire et la philosophie, d’autre part le théâtre. Depuis plusieurs mois, je consacre essentiellement ce blog à des commentaires de pièces de théâtre. Vous trouverez donc un certain nombre de ces commentaires à la rubrique « théâtre », mais aussi d’autres rubriques sur d’autres sujets. Pour l’année à venir, j’espère réussir à diversifier mes articles, ou en tout cas prendre le temps d’approfondir ce que j’écris.

     N’hésitez pas à me laisser des commentaires : ils me pousseront justement à écrire !

 

Benjamin

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  • : Blog d'un étudiant amateur de théâtre, diplômé BAFA (hé hé !), passionné de politique et qui écrit un peu tout ce qui lui passe par la tête (essaie d'être sérieux, malgré quelques écarts !)
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Agenda Théâtre

Vu :
- 19 septembre : L'Avare à la Comédie-Française

- 20 septembre : Partage de midi au Théâtre Marigny
- 25 septembre : Les enfants de Saturne à l’Odéon
- 26 septembre : La Serva Amorosa au Théâtre Hébertot
- 2 octobre : La douleur au Théâtre de l'Atelier
- 3 octobre : Après la répétition au CDN d'Aubervilliers
- 4 octobre : Figaro divorce à la Comédie-Française
- 7 octobre : Philoctète au Théâtre de l’Odéon
- 10 octobre : Simplement compliqué aux Bouffes du Nord
- 16 octobre : Le songe de l'oncle à l'Epée de bois
- 17 octobre : Marie Stuart au TGP de Saint-Denis 
- 22 octobre : Parole et guérison au Th. Montparnasse
- 28 octobre : Vers toi, Terre promise au Théâtre Marigny
- 29 octobre : Les Diablogues au Théâtre Marigny
- 7 novembre : Frères et soeurs à la MC93
- 10 novembre : Les étoiles dans le ciel de l'aube à la MC93
- 11 novembre : (A)pollonia au Théâtre de Chaillot
- 15 novembre : Les démons à la MC93
- 17 novembre : Philoctète au Théâtre des Abbesses
- 21 novembre : La pièce sans nom à la MC93
- 24 novembre : Maison de poupée au Théâtre de la Colline
- 26 novembre : Tchevengour à la MC93
- 1er décembre : Vie et destin à la MC93
- 3 décembre : Les enfants du soleil au Théâtre 13
- 4 décembre : La ménagerie de verre (Th. d'Aubervilliers)
- 5 décembre : Rêves au Théâtre Mouffetard
                        Oncle Vania à la MC93
- 6 décembre : Juste la fin du monde à la C-F
- 10 décembre : Georges Dandin (Atelier Théâtre F. Jacquot)
- 11 décembre : Le dragon bleu au Théâtre de Chaillot
- 12 décembre : Médée au Théâtre des Amandiers
- 19 décembre : Rosmersholm au Théâtre de la Colline
- 20 décembre (?) : Les joyeuses commères... à la C-F
- 22 décembre : Qui est Monsieur Schmitt ? (Madeleine)

A voir :
- 23 décembre (?) : J. Weber seul en scène au Th. Marigny
- 30 décembre : La petite Catherine de Heilbronn à l'Odéon

2010 :
- 8 janvier : La guerre des fils de lumière... à l'Odéon
- 14 janvier : L'école d'opéra de Pékin à la MC93
- 21 janvier : Casimir et Caroline au Théâtre de la Ville
- 22 janvier : Deux voix au théâtre des Amandiers
- 23 janvier : Manhattan Medea au Théâtre de la Colline
- 29 janvier : La flûte enchantée à la MC93
- 5 février : Blackface à la MC93
- 6 février : Woyzeck à la MC93
- 11 février : Maison de poupées à la MC93
- 12 février : Hedda Gabler à la MC93
- 19 février : La toison d'or à la MC93
- 26 février : Maison de poupée au Th. de la Madeleine
- 12 mars : Cymbeline à la MC93
- 13 mars : Ode maritime au Théâtre de la Ville
- 16 mars : Zemire et Azor à l'Opéra Comique
- 19 mars : Les Justes au Théâtre de la Colline
- 23 mars : Un tramway nommé Désir au théâtre de l'Odéon
- 2 avril : Maison de poupée au théâtre des Amandiers
- 9 avril : La trilogie de la villégiature à la MC93
- 10 avril : Epousailles et représailles (th. des Amandiers)
- 16 avril : Invasion ! au théâtre des Amandiers
- 5 juin : Israel Galvan au Théâtre de la Ville
- 8 juin : Combat de nègre et de chiens au Th. de la Colline
- 9 juin : Flowers in the mirror au théâtre des Amandiers
- 11 juin : Jean-Louis Trintignant au théâtre des Amandiers
- 14 juin : Les âmes mortes à la MC93
 

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