Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /Oct /2009 23:28

Les enfants de Saturne

 

Texte et mise en scène d’Olivier Py

Au théâtre de l’Odéon (Ateliers Berthier) du 18 septembre au 24 octobre 2009

 

J’attendais beaucoup de la mise en scène des Enfants de Saturne mise en scène par l’auteur Olivier Py. J’avais lu la pièce avec le sentiment d’avoir découvert un chef-d’œuvre. Parce qu’Olivier Py a le don, me semble-t-il, de parler de tout, de créer à travers la trop débordante exubérance de ses dialogues, des personnages errants, perdus et illuminés, mais soulevant des vérités, le tout dans une construction poétique en devenir. Pour moi, Olivier Py avait pitié de ses personnages. Cela était justifié, croyais-je, par le sens désastreux de l’histoire. Celle d’une famille maudite, dans laquelle on cultive l’inceste, où Ré, le fils illégitime de Saturne, le directeur d’un journal en ruine, veut détruire tout ce qui l’entoure, à commencer par Ans, Paul et Simon, les enfants légitimes de Saturne. L’on devait, dans mon esprit, avoir réellement pitié du délire de Saturne que l’on pouvait trouver fou, avoir pitié de la faiblesse de Virgile, le fils de Simon continuellement violé par ce dernier. L’on devait avoir pitié de la vaine, parce que trop médiocre, tentative de reconstruction poétique de Nour, le jeune homme incarnant la trop fragile perfection mais l’espoir possible, de ses envolées délirantes sur l’amour et la poésie. Et la beauté de la pièce, pour moi, venait d’une belle simplicité, celle qui reste lorsque toute exubérante et délirante tentative de reconstruction après le désastre a manifestement échoué. Nour et Virgile sur la baleine, dans la scène finale, continuant de disserter sur le bonheur, sur le « jour qui vient » : « Pensons de toute notre force à l’instant qui vient, à celui qui vient et que nous reconnaîtrons, au jour qui vient et qui sera notre royaume, à l’été qui vient et qui fourmille d’étincelles ». Une baleine perdue dans l’océan, le « jour qui vient et qui sera notre royaume »… Beauté de la simplicité, création d’un nouvel univers, de nouveaux liens, après cette catastrophe, me disais-je. Le reste, les étincelles dont on se demande ce qu’elles viennent faire là ? Les séquelles de la dite-catastrophe dans l’esprit des deux personnages !

Il y a quelque chose de génial dans cette tension entre l’écrasante tragédie et la trop légère mélancolie, la trop incertaine errance, l’aspect trop illuminé des personnages d’autre part. Quelque chose de très beau dans ce gouffre apparent. De quoi s’occupe l’art, de quoi vit-il ? De la tragédie ou de la mélancolie ? Peut-on mêler la fatalité de la tragédie d’une part et le délire bar oque d’autre part ? Quel est le poids des mots lorsqu’on tente cette expérience artistique d’en rajouter à foison ? Et dans l’histoire, que deviennent ces mots en trop, lancés vers le ciel dans un moment d’oubli ? Quel sens ont-ils dans la bouche de ces personnages qui ne savent pas ce qu’ils disent ? Et sans doute O. Py nous interroge-t-il aussi sur la religion, en tout cas la spiritualité : quelle place entre la résignation de la fatalité et la mélancolie ? Beaucoup de critiques ont regretté que Py en mette « trop » dans son texte. Une spectatrice pestait contre la « mégalomanie de ce mec qui pète plus haut que son cul sous prétexte qu’il dirige l’Odéon ». Et si ce « trop » était volontaire ? Et si les références qui fusent – à la Bible, au mythe de Saturne qui mangeait ses enfants pour garder le pouvoir, aux tragiques grecs, à Claudel, Shakespeare entre autres – apportaient aux dialogues une fluidité surnaturelle pour donner le sentiment que ce sont des personnages errants et illuminés qui parlent, et non un auteur qui aurait vu trop grand ?

L’ennui est que la mise en scène ne sert absolument pas cette interprétation du texte. Le spectacle des Enfants de Saturne a été pour moi une déception. La principale raison a été, je crois, la mauvaise gestion des personnages, malgré des comédiens excellents : là où je voyais des personnages en transe, le regard perdu ou fuyant vers le ciel, parlant à ce ciel d’une toute petite voix folle, mélancolique et pleine d’un espoir vain, j’ai vu des êtres trop conscients, réels parce que les personnages du texte n’étaient pour moi pas vraiment humains, le regard colérique plus que fou, s’adressant au public pour véhiculer un message. Un « message »… C’est à ça qu’une bonne partie du texte est trop souvent réduite. Et de là à tomber dans le discours provocateur criard pseudo-avant-gardiste chargé de lourdeurs et soulignant la noirceur du texte initial, il n’y a pas de nombreux pas à franchir. Heureusement, le côté baroque un peu illuminé voire délirant de la pièce se retrouve en partie dans la scénographie. Un gradin qui tourne, des décors très, très, très réalistes, bref, un univers où l’on se prend à penser que des êtres irréels pourraient être vraiment perdus. Seulement, ce type de scénographie à 360 degrés crée un sentiment d’étouffement qui a été assez insupportable pour certains spectateurs – trois d’entre eux qui voulaient sortir se sont fait surprendre, au moment où ils atteignaient le bas des gradins, par l’emballement de ces gradins ! – et qui, surtout, ne sert pas forcément le sens de la pièce. Comme il est dommage de ne pas trouver l’adéquation, une sorte de « symbiose dissonante » entre la scénographie et les personnages… On a le sentiment que la mise en scène peine en permanence à trouver le juste équilibre. Par exemple, O. Py a eu l’idée de travestir totalement, au début, Virgile, le fils violé. Une idée porteuse de sens, mais qui imprime directement l’image d’un personnage blessé mentalement. Mais le même Virgile réapparaît quelques scènes plus tard non travesti, déclamant son texte sans qu’on puisse soupçonner le moindre effet dévastateur de la maladie dévorante de son père…

Je reste donc globalement sur une petite déception. Je n’ai pas retrouvé sur scène la pièce qui m’avait tant impressionné, qui m’avait donné tant d’idées de mises en scène possibles. Malgré des comédiens tous excellents individuellement. Malgré un metteur en scène dont on m’avait dit tant de bien, et qui avait déjà le mérite d’avoir écrit le texte ! Un metteur en scène qui, pour ce que j’en sais, réserve bien des surprises. Le genre à provoquer, construire, créer, inventer, se tromper… Le genre original, prolifique - on peut trop - qui fait sortir des spectateurs. Bref, le genre à faire date.

 

 

Nâzim Boudjenah : Paul

Amira Casar : Ans

Matthieu Dessertine : Virgile

Mathieu Elfassi : Un Serveur

Michel Fau : Ré

Philippe Girard : Simon

Frédéric Giroutru : Nour

Laurent Pigeonnat : Silence

Olivier Py : Monsieur Loyal

Bruno Sermonne : Saturne

Pierre Vial : Le Fossoyeur

Par Benjamin Romieux - Publié dans : Théâtre
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Mercredi 23 septembre 2009 3 23 /09 /Sep /2009 19:48

Partage de midi

 

De Paul Claudel

Mise en scène : Yves Beaunesne à la Comédie-Française (salle Richelieu)

Reprise au théâtre Marigny du 11 septembre au 3 octobre 2009

 

Avec :

Marina Hands : Ysé

Eric Ruf : Mesa

Christian Gonon : de Ciz

Hervé Pierre : Amalric

 

       Jusqu’au 3 octobre se donne au Théâtre Marigny à Paris une reprise de la mise en scène de Partage de midi programmée il y a deux ans à la Comédie-Française. Même mise en scène, donc, et mêmes comédiens également. La pièce tourne autour de cette femme, Ysé, mal mariée à un de Ciz ruiné, mais qui suscite l’intérêt de deux hommes : Amalric et Mesa. Le premier, un coureur de jupons cynique. Le second, surtout, anciennement déjà l’amant d’Ysé, rêveur errant, homme qui aime d’une violente passion. Claudel a écrit la première version de Partage de midi en 1905, moment de sa vie où il vient de vivre une intense passion pour la femme d’un colon de passage. La Chine, l’Asie, la colonisation, voilà le décor qui achève de planter la pièce : on passera du pont d’un bateau au premier acte à une maison coloniale, entre autres. Partage de midi est le récit, et le poème, de cette histoire d’amour à deux amants et deux intrus. Ysé ne sait vraiment qui aimer. Elle se résout vite à quitter son mari, qu’elle n’a aucune raison de détester, mais qu’elle ne supporte plus, mais ne se décide pas non plus à se donner à Mesa.

       Toute ardue que soit la langue de Claudel, on ne peut qu’être conquis par la force d’incarnation des comédiens, tout particulièrement Marina Hands. Cette actrice est de celles qui immortalisent des rôles. Celui d’Ysé restera sans doute longtemps marqué par cette gigantesque comédienne. Y a-t-il une part de hasard dans le fait que, en 1979, sa mère Ludmila Mikaël avait déjà déjà brillé dans le même rôle dans la même salle Richelieu de la Comédie-Française ? Marina Hands, grande à la chevelure blonde, entre ici dans un état second, la transe totale de l’incarnation. On la verrait avec plaisir suivre la lignée des grandes tragédiennes dans les grands rôles du répertoire. Spontanéité, délicatesse, violence parfois, ironie, vérité, ruptures de rythme qui surprennent et captent le spectateur, voilà pêle-mêle quelques uns des incroyables éléments dont elle s’empare. Pour nous charmer. On peut aller voir la pièce rien que pour elle. Mais ce serait pourtant refuser de rendre justice à ses trois excellents partenaires, les hommes imparfaits qui tournent autour d’Ysé. Christian Gonon en de Ciz ruiné, moral et obstiné. Hervé Pierre en aventurier cynique qui aime les femmes. Eric Ruf, surtout, en Mesa, le poète perdu, rêveur et passionné.

       Le spectacle donne l’impression que la mise en scène s’éclipse pour tout mettre sur les comédiens. Le décor est presque minimaliste, mais laisse percevoir l’essentiel du contexte. Quelques cordages et deux petites voiles pour le bateau, un lit pour la maison, des lampes à quelques centimètres du sol pour le cimetière. Comme si Yves Beaunesne avait décidé de nous donner une version épurée, totalement crue, presque violente, ou en tout cas éprouvante, de la pièce. Car en l’absence de décor, avec uniquement ces quelques éléments de décor et ces quelques lumières, on est immergés dans un univers vraiment particulier. Une sorte de mysticisme émerge de la pièce. Le lyrisme du texte est d’autant plus percutant lorsqu’Ysé, vêtue d’une longue robe blanche, traverse toute la scène en diagonale, lentement, éclairée dans le noir par une lumière très blanche et ciblée.

       Dans Partage de midi, l’histoire est a priori banale, et pourrait être celle d’une pièce de boulevard. Mais le texte nous porte bien plus haut, bien plus loin, dans une dimension poétique, totalement symbolique, avec cette primauté du spirituel qui caractérise l’auteur. Dans cette mise en scène épurée, Marina Hands, avec exceptionnel talent, ainsi que ses excellents partenaires, nous transmettent toute la beauté du texte et nous prennent par la main pour nous immerger toujours plus profondément dans cet univers incroyablement vaste.

Deux reportages, voir ici et .

Par Benjamin Romieux - Publié dans : Théâtre
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Dimanche 20 septembre 2009 7 20 /09 /Sep /2009 01:55

L'Avare

De Molière

Mise en scène : Catherine Hiégel à la Comédie-Française (Salle Richelieu)

Du 19 septembre 2009 au 21 février 2010

 

     C’était, ce soir, la rentrée de la Comédie-Française, avec la première représentation du Molière de l’année : l’Avare. On ne peut bien entendu s’empêcher, comme le note d’ailleurs Catherine Hiégel dans un entretien au Monde, de remarquer que le sujet de la pièce tombe en rapport – c’est le moins que l’on puisse dire – avec l’actualité. Il était intéressant de voir si la nouvelle mise en scène de cette pièce déjà vue et revue allait prendre le parti facile de faire plus ou moins explicitement référence au bling-bling et à la crise, ces deux thèmes d’actualité avec lesquels on nous serine matin et soir. Heureusement, il n’en a rien été.

     Dans un décor très réaliste – un grand escalier de pierre du type de ceux des hôtels particuliers d’époque – les comédiens évoluent de manière assez classique. On ne peut pas dire que tout partait très bien. Les scènes d’exposition se sont révélées presque interminables. Sans doute est-ce le lot de toute pièce de Molière… Mais on a l’impression que la dynamique met un peu de temps à se mettre en place. On se surprend d’abord à penser que ce beau décor, très classique, risque d’alourdir un peu la mise en scène. Les scènes d’exposition se déroulent le matin, mais était-ce la peine d’éclairer la scène avec tant de parcimonie ? Peu importe. Lorsque ça démarre, ça démarre vraiment et ça ne s’arrête plus.

     Il y a alors comme une certaine folie communicative que l’on doit principalement à Denis Podalydès, lequel porte littéralement la pièce. Un jeu très soigné, millimétré. Quand Harpagon apparaît, dans son costume noir étriqué, tout commence. On pense à un insecte, une mouche se tortille, avance silencieusement et prudemment, puis court, vole, va se cacher dans les recoins les plus improbables du décor. Tour à tour, il devient équilibriste, danseur-étoile, va se recroqueviller entre la vitre d’une fenêtre et les barreaux… Puis il nous sert un moment impressionnant de monologue de la cassette, en plein milieu du public. Pas dans une allée, non… En équilibre sur les accoudoirs des sièges, c’est beaucoup plus drôle ! Et c’est le fou-rire inarrêtable lorsque l’insecte fait mine de vouloir enlacer ou impressionner Mariane, laquelle doit avoir une deux têtes de plus… On rit finalement beaucoup, à voir tous ces très excellents comédiens évoluer autour de cette mouche folle-furieuse ! Et on retiendra alors peut-être moins le dénouement trop irréaliste de l’Avare.

     Mais ce n’est pas tout. Rarement devant Molière on aura autant pris la mesure, un peu inconsciemment, de la dimension satirique de l’œuvre. Car ici, l’avarice, si on en rit, est aussi profondément méprisable. Il suffit de voir cet Harpagon, drôle mais méchant, pathétique parfois mais plus souvent digne d’aucune pitié. Peut-être est-ce la force d’une mise en scène assez classique : pas d’appel du pied voyant, voire vulgaire, à la réalité. Plutôt une très honnête restitution et vision de cette pièce, de la manière dont on peut la lire sans la trahir au XXIème siècle.

Voir un documentaire

 

 

Dominique Constanza : Frosine

Christian Blanc : Maître Simon et le Commissaire

Denis Podalydès : Harpagon

Jérôme Pouly : Maître Jacques

Pierre Louis-Calixte : La Flèche

Serge Bagdassarian : Anselme

Marie-Sophie Ferdane : Mariane

Benjamin Jungers : Cléante

Stéphane Varupenne : Valère

Suliane Brahim : Elise

 

Camille Blouet : Dame Claude

Christophe Dumas: Brindavoine

Florent Gouëlou : La Merluche

Renaud Triffault : Le Clerc

Par Benjamin Romieux - Publié dans : Théâtre
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Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /Sep /2009 18:47

C’est sous ce ciel bien radieux (hum !) que commence la nouvelle année scolaire. Pour ma part, la dernière avant le grand bond que constituera ma troisième année d’études, intégralement à l’étranger ! L’été 2009 restera dans mon souvenir comme un été particulièrement chargé : Festival d’Avignon, fous-rires, premier salaire et tentatives de redéfinitions conceptuelles en juillet. Centre de loisirs à Paris, sueur, fatigue (les escaliers de Montmartre avec un groupe de 16 enfants de maternelle, je ne le souhaite à personne !) mais bons souvenirs aussi en août. Début-septembre, le début en grande pompe de cette douce expérience qu’est la conduite de voiture à Paris. Le permis, c’est pour bientôt j’espère !

Et puis, doucement mais sûrement, arrive maintenant les heures de vérité : la rentrée. Si bien des choses dans les études changent avec l’âge, celle-ci résiste avec vigueur. C’est la rentrée ! (Depuis cette semaine, en fait !) Du droit, de la sociologie, de la philosophie du droit international, de l’histoire, de l’Anglais et du l’éco-gestion, voilà à gros traits mon programme jusqu’en janvier. Eventuellement aussi, le mercredi, un emploi en centre de loisirs, histoire de mettre un peu d’argent de côté !

Mais, grande nouveauté, la rentrée cette année pour moi est aussi celle du théâtre. Un cours de théâtre qui fait grosse masse dans mon emploi du temps, et aussi les représentations. Un projet d’apprentissage, et peut-être aussi de création – qui sait ? – dont j’espère qu’il prendra forme cette année. Côté loisirs, je me suis prévu une liste d’environ 80 pièces à voir cette année – mesdames messieurs les sceptiques, contrôlez vos rires ! – dont je ne verrai sans doute pas le quart. Dans la minuscule mesure possible, j’essaierai d’écrire quelques lignes ici sur les différentes pièces que je verrai. J’inaugure par ailleurs sur mon blog la petite rubrique « agenda » sur le côté, ainsi que « pièces vues et à voir ».

En prime-time, l’agenda théâtre des prochains jours, avec le coup d’envoi de l’année demain soir :

-         Samedi 19 septembre : L’Avare à la Comédie-Française

-         Dimanche 20 septembre : Partage de midi au Théâtre Marigny

-         Vendredi 25 septembre : Les enfants de Saturne à l’Odéon

-         Samedi 26 septembre : La Serva Amorosa au Théâtre Hébertot

-         Mercredi 7 octobre : Philoctète à l’Odéon

Et d’autres, encore, sans doute…

 

Voilà en somme le programme que je me suis fixé. Les « bonnes résolutions », comme on dit. Mais on sait que, s’il est une chose qui ne change pas avec l’âge, c’est l’assiduité qu’on met à respecter ces bonnes résolutions ! Quoi qu’il en soit, et quelle que soit cette assiduité, voilà mes projets pour cette année. A suivre, de temps à autres, le compte-rendu de mes avancées sur ces sinueux terrains !

Par Benjamin Romieux - Publié dans : Divers...
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Dimanche 9 août 2009 7 09 /08 /Août /2009 14:30

          Ceux qui aiment la bonne chanson aimeront. Les adorateurs de Jacques Brel adoreront. Ceux qui prennent plaisir à rêver se laisseront embarquer. Les bons vivants riront, les anticléricaux jubileront, et le spectateur torturé par mille interrogations ressortira avec des images plein les yeux. Ceux qui admirent Tim Burton, Fritz Lang ou Dostoïevski seront conquis. C’est mon autre coup de cœur du Festival d’Avignon : le Cirque des Mirages. Sur scène, deux hommes : un pianiste énigmatique à l’air sympathique, Fred Parker. Un chanteur, à la silhouette immense et inquiétante, Yanowski. Le second a écrit les paroles, le premier la musique. Ils se sont rencontrés au milieu d’une rixe dans une boîte de nuit aux Etats-Unis, et grâce à cette rencontre, nous offrent un tour de chant inestimable. Ils définissent ce spectacle comme cabaret expressionniste, ressuscitant en fait les grandes heures de la chanson et du cabaret qui raconte et illustre une histoire. On pense, encore une fois, très fort à Jacques Brel…

          Chaque chanson est un petit film ou une promenade dans des endroits improbables. Ils convoquent sur scène des prostituées, des maffieux chanteurs de jazz, Docteur Jekyll et Mister Hyde et bien d’autres encore. Yanowski ne fait pas qu’écrire et chanter. Sur scène, il est comme en transe. Il fait vivre de manière inouïe ses fabuleuses chansons. Avec une lumière, un accessoire et une musique, il nous fait voyager dans un univers parallèle inquiétant, si bien qu’on se dit qu’il est un comédien impressionnant. Avec un chapeau et une lumière rouge, il est le diable, entraîné par une musique « endiablée » des cartes. On oublie tout. Suspendu à ses lèvres, on ne réfléchit pas, on n’analyse pas. On se dit « wahouuuuu ! » et on voyage, c’est tout. Dans les recoins les plus sombres des hommes. Par exemple dans la chambre d’un poète qu’un huissier de justice expulse. Le poète entre en transe, devient fou, commet un crime, se fait poursuivre par la police… Ce sont les mots "image", "imaginaire", "rêve" et "univers" qui reviennent le plus pour parler du Cirque des Mirages. Pour autant que chaque chanson est un film différent, chacune pourtant apporte sa pierre à un univers qui reste finalement le même. Peut-être à cause de la voix très caractéristique de Yanowski, on conçoit facilement qu’il s’agisse toujours du même univers et du même imaginaire, dont les artistes s’appliquent à nous faire découvrir toutes les facettes, de la plus noire à la plus poétique. En passant par la gigantesquement déconcertante "J'ai vu Dieu..." Quand vous irez au concert et que vous entendrez cette phrase, vous penserez à cette phrase...!

          Ce qu’on attend souvent de la chanson se réalise enfin : que la musique et la voix ne soient plus une performance en soi, mais qu’elles soient un outil, une voie, pour construire un univers différent, avec diable, monstre et amour. Car de la poésie, il y en a aussi beaucoup. Car la plume de Yanowski ne se contente pas de nous dire « le diable existe ». Pas d’hérésie simpliste ni de chanson qui serait iconoclaste pour le principe. Non, la « patte humaine » est omniprésente dans ce spectacle : c’est bien un univers humain, à portée de main. L’amour à mort est peut-être l’une des plus belles chansons d’amour jamais écrite (à mon subjectif avis). Le rêve revient, voyage et est en permanence au centre de tout. Combien de chansons illustrent explicitement les rêves incroyables de l’esprit humain…? C’est bien un imaginaire purement et simplement humain qui est illustré ici, non une construction gargantuesque à la Star Wars – laquelle, cependant, a bien d’autres qualités également ! Un point d’orgue du spectacle serait la dernière, celle de l’aveugle. Yanowski, avec les mots les plus simples qui soient, en une minute trente, nous dit que l’art est le fruit d’un imaginaire humain. On fait de l’art parce qu’on croit à notre imaginaire et à nos rêves. « Parce que c’est bon d’y croire ».

          Le Cirque des Mirages, parce qu’il condense qualité et originalité, doit être découvert à tout prix. Il est en passe de devenir mon chanteur préféré, tellement les images perçues pendant et après le spectacle sont belles et ouvrent de nombreuses voies imaginaires. C’est beau, tout simplement. A ne pas rater, le passage aux Trois Baudets à Paris, du 10 au 30 novembre 2009. A acheter éventuellement, les deux CD déjà parus, l'un en studio, l'autre en live.

 

          Quelques chansons à découvrir. La quatrième, la véritable histoire du christianisme, est pour un public averti. Quoiqu’on en pense, quelle qualité artistique, quel texte ! (« du Brassens chanté par Jacques Brel dit-on ça-et-là sur des blogs !) Je ne la perçois pas comme un simple pamphlet… En tout cas, les autres sont d’une beauté…





 



Et quelques vidéos pour donner une idée de ce qu'est leur concert :
Un
documentaire sur le Cirque des Mirages





Par Benjamin Romieux - Publié dans : Musique
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Mon blog (année 2009-2010)

     Initialement, j’ai ouvert ce blog sans avoir d’objectif très clair. Je voulais avoir un endroit pour publier des articles sur ce que je voyais et ce que je pensais. Mes centres d’intérêt sont principalement, d’une part les sujets ayant rapport à la vie politique, l’histoire et la philosophie, d’autre part le théâtre. Depuis plusieurs mois, je consacre essentiellement ce blog à des commentaires de pièces de théâtre. Vous trouverez donc un certain nombre de ces commentaires à la rubrique « théâtre », mais aussi d’autres rubriques sur d’autres sujets. Pour l’année à venir, j’espère réussir à diversifier mes articles, ou en tout cas prendre le temps d’approfondir ce que j’écris.

     N’hésitez pas à me laisser des commentaires : ils me pousseront justement à écrire !

 

Benjamin

Présentation

  • : Blog d'un étudiant amateur de théâtre, diplômé BAFA (hé hé !), passionné de politique et qui écrit un peu tout ce qui lui passe par la tête (essaie d'être sérieux, malgré quelques écarts !)
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Agenda Théâtre

Vu :
- 19 septembre : L'Avare à la Comédie-Française

- 20 septembre : Partage de midi au Théâtre Marigny
- 25 septembre : Les enfants de Saturne à l’Odéon
- 26 septembre : La Serva Amorosa au Théâtre Hébertot
- 2 octobre : La douleur au Théâtre de l'Atelier
- 3 octobre : Après la répétition au CDN d'Aubervilliers
- 4 octobre : Figaro divorce à la Comédie-Française
- 7 octobre : Philoctète au Théâtre de l’Odéon
- 10 octobre : Simplement compliqué aux Bouffes du Nord
- 16 octobre : Le songe de l'oncle à l'Epée de bois
- 17 octobre : Marie Stuart au TGP de Saint-Denis 
- 22 octobre : Parole et guérison au Th. Montparnasse
- 28 octobre : Vers toi, Terre promise au Théâtre Marigny
- 29 octobre : Les Diablogues au Théâtre Marigny
- 7 novembre : Frères et soeurs à la MC93
- 10 novembre : Les étoiles dans le ciel de l'aube à la MC93
- 11 novembre : (A)pollonia au Théâtre de Chaillot
- 15 novembre : Les démons à la MC93
- 17 novembre : Philoctète au Théâtre des Abbesses
- 21 novembre : La pièce sans nom à la MC93
- 24 novembre : Maison de poupée au Théâtre de la Colline
- 26 novembre : Tchevengour à la MC93
- 1er décembre : Vie et destin à la MC93
- 3 décembre : Les enfants du soleil au Théâtre 13
- 4 décembre : La ménagerie de verre (Th. d'Aubervilliers)
- 5 décembre : Rêves au Théâtre Mouffetard
                        Oncle Vania à la MC93
- 6 décembre : Juste la fin du monde à la C-F
- 10 décembre : Georges Dandin (Atelier Théâtre F. Jacquot)
- 11 décembre : Le dragon bleu au Théâtre de Chaillot
- 12 décembre : Médée au Théâtre des Amandiers
- 19 décembre : Rosmersholm au Théâtre de la Colline
- 20 décembre (?) : Les joyeuses commères... à la C-F
- 22 décembre : Qui est Monsieur Schmitt ? (Madeleine)

A voir :
- 23 décembre (?) : J. Weber seul en scène au Th. Marigny
- 30 décembre : La petite Catherine de Heilbronn à l'Odéon

2010 :
- 8 janvier : La guerre des fils de lumière... à l'Odéon
- 14 janvier : L'école d'opéra de Pékin à la MC93
- 21 janvier : Casimir et Caroline au Théâtre de la Ville
- 22 janvier : Deux voix au théâtre des Amandiers
- 23 janvier : Manhattan Medea au Théâtre de la Colline
- 29 janvier : La flûte enchantée à la MC93
- 5 février : Blackface à la MC93
- 6 février : Woyzeck à la MC93
- 11 février : Maison de poupées à la MC93
- 12 février : Hedda Gabler à la MC93
- 19 février : La toison d'or à la MC93
- 26 février : Maison de poupée au Th. de la Madeleine
- 12 mars : Cymbeline à la MC93
- 13 mars : Ode maritime au Théâtre de la Ville
- 16 mars : Zemire et Azor à l'Opéra Comique
- 19 mars : Les Justes au Théâtre de la Colline
- 23 mars : Un tramway nommé Désir au théâtre de l'Odéon
- 2 avril : Maison de poupée au théâtre des Amandiers
- 9 avril : La trilogie de la villégiature à la MC93
- 10 avril : Epousailles et représailles (th. des Amandiers)
- 16 avril : Invasion ! au théâtre des Amandiers
- 5 juin : Israel Galvan au Théâtre de la Ville
- 8 juin : Combat de nègre et de chiens au Th. de la Colline
- 9 juin : Flowers in the mirror au théâtre des Amandiers
- 11 juin : Jean-Louis Trintignant au théâtre des Amandiers
- 14 juin : Les âmes mortes à la MC93
 

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