de Graham Greene, 315 pages.
Un
véritable coup de cœur pour ce livre que j’ai lu il y a déjà longtemps, mais dont j’ai eu envie de parler. L’histoire se déroule dans les années 1930 au Mexique. A ce moment, le Mexique est
gouverné par un gouvernement militaire à tendance révolutionnaire (selon l’année, les dirigeants varient…) qui, suite à un conflit avec l’Eglise, prend des mesures et proclame des lois
extrêmement anticléricales : le service des prêtres est interdit, et ceux-ci doivent, en symbole de renoncement, se marier, sous peine d’être fusillés. La plupart des prêtres, sous le poids
de ces lois, fuient ou se résignent. Ceux qui jusque là étaient considérés comme étant les plus vertueux se réfugient près du haut clergé, intouchable.
On suit, dès le premier chapitre, l’itinéraire d’un curé de campagne à peu près quelconque. Un pauvre diable, ivrogne, qui, alors qu’il avait trop bu, avait eu un enfant avec une de ses paroissiennes. Il n’est pas aimé, ce prêtre, dans une société en manque de repères, où la masse de croyants méprise ceux qui font honte à leur habit en plus de ne pas faire honneur à leur foi. Mais il est là. Là où il passe, les habitants le regardent d’un mauvais œil, car sa réputation le précède. Mais il reste quand on a besoin de lui. Sa tête est mise à prix et, lorsqu’il s’arrête dans un village, seule la foi ardente des villageois empêche ces derniers de ne pas le dénoncer. Mais il n’arrive pas à partir, il n’y arrive tout simplement pas, car quelque chose de bien plus fort que lui le retient. Il les dérange, les dégoûte, mais soulage leur foi en les recevant en confession et en prononçant la messe pour eux. Ils ne veulent pas de lui, mais ont besoin de lui. Il ne veut pas rester, il ne veut porter secours à personne car, consciemment, leur sort et leur foi le laisse indifférent. Mais quelque chose lui dit de rester, quelque chose de plus fort que l’être faible qu’il est. Et, faible, il n’y résiste pas.
« Et même lorsqu’il croit que son secours sera vain, et même lorsqu’il n’ignore pas que c’est d’un guet-apens qu’il s’agit et que celui qui l’appelle l’a déjà trahi, ce prêtre ivrogne, impur, et tremblant devant la mort, donne sa vie sans perdre à aucun moment le sentiment de sa bassesse et de sa honte. » (François Mauriac)
Un livre révélateur à bien des égards, que j’ai reçu en cadeau il y a longtemps (si je devais dédicacer cet article, ce serait à toi, Pat’, qui me l’as offert !). Un livre fort, un hymne à la foi, qui montre que la vertu a plusieurs visages, et que les plus vertueux ne sont pas nécessairement pas ceux que l’ont croit. Un livre ouvert, beau tout simplement. Un livre humain, d’abord : sur des êtres qui croient, qui ont un idéal. Qu’il s’agisse du capitaine communiste qui applique les lois anticléricales, ou bien du prêtre, on découvre des hommes qui croient en une idée, qui ont une foi. Qui veulent le bien des hommes, même si le moyen de l’obtenir les dépasse largement : ils en sont inconscients. Des hommes dans leur simplicité humaine donc, avec laquelle contraste l’absence et la cécité des institutions qu’ils défendent de fait. Le gouvernement tue sans compter, sans comprendre, sans même s’intéresser au fait qu’elles demandent l’impossible à leurs agents. L’Eglise, elle, semble avoir abandonné ses dizaines de milliers de fidèles, et apparaît plus présente dans la condamnation du prêtre indigne que dans la défense de son combat.
« Car c’est à Toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire » : c’est de la prière Notre Père qu’est tiré le titre du livre. Lorsqu’on referme le roman, on se dit que la petitesse n’est pas ce qu’on croyait avant. Car, ce qu’on retient avant tout, c’est que la vertu, la puissance et la gloire ne sont pas nécessairement dans ces comportements qui n’engagent que soi, pas plus que dans ce qu’on s’impose à soi-même pour soi-même. Non. La puissance et la gloire de ce prêtre résident bien plus dans la conscience d’une bassesse prétendue mais assumée, et dans cette faiblesse finalement qui le fait succomber aux appels à l’aide, aux paroles des autres, et donc à tout ce qui est plus fort que sa foi misérable.
La Puissance et la Gloire, ce n’est pas un livre pour croyants uniquement, loin de là… N’importe qui peut l’adorer, encore une fois, parce que c’est tout simplement un beau livre. Un livre qui nous fait comprendre bien des choses sur l’existence humaine, et sur la foi au sens le plus large du terme, non seulement sur la foi chrétienne, ni même seulement la foi religieuse. Bref, un livre pour quiconque s’intéresse à ce qu’est l’homme (en toute simplicité !)
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