Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /Nov /2009 22:43

Une maison de poupée

 

De Henrik Ibsen

 

Mise en scène de Stéphane Braunschweig

Au théâtre de la Colline du 14 novembre 2009 au 16 janvier 2010 (en alternance avec Rosmerholm)

Durée : 2h30

 

Légèreté, rêve, illusion, mais aussi divorce, émancipation, carcan, sont les mots auxquels on pense en voyant Maison de poupée. Cette pièce considérable, écrite à la fin du XIXème siècle et qui est jouée cette saison dans pas moins de six scènes importantes à Paris, est celle d’un destin qui se joue sous nos yeux, en l’espace de deux ou trois jours.

On est à la veille de Noël, le couple de Nora et Thorvald Elmer s’enrichit et vit dans l’opulence. Tout n’est pour eux que bonheur matériel. On apprend progressivement que Nora garde pour elle un secret : elle aurait sauvé la vie à son mari huit ans auparavant en lui payant un voyage. Mais elle a toujours préféré lui faire croire que ce voyage était un cadeau de son père. Le terrible secret réside dans le prêt qu’elle avait à l’époque contracté auprès d’un homme, Krogstad. Mais ce Krogstad est aujourd’hui employé de la banque que dirige Thorvald, et ce dernier a décidé de le licencier pour le remplacer par Madame Linde, une vieille amie de Nora. Krogstad fait chanter Nora pour que celle-ci plaide en sa faveur, faute de quoi, il révèlera le lourd secret. Et, entre eux, un homme seul et malade, le docteur Rank. Il est pour Nora celui qui accepte tout, le confident, mais aussi l’amoureux qui n’a jamais rien avoué. L’amoureux qui s’en ira, touché par une maladie mortelle.

On perçoit rapidement certains enjeux de cette incroyable pièce. Des enjeux sociaux tout d’abord : la pièce semble à cet égard presque brûlante d’actualité. Elle nous pose les questions d’émancipation, réinterroge la structure familiale, et met en scène l’abandon, celui du mari et des enfants que Nora chérissait tant.

A travers la mise en scène de Stéphane Braunschweig, on perçoit des dimensions artistiques considérables. C’est que, toute condensée fût-elle, la pièce est le récit d’une véritable descente en enfer de couple-modèle. Au premier acte, un décor blanc à la façon IKEA, une maison au décor épuré. C’est dans ce cadre que le couple vit, léger, naïf, croyant aux illusions qu’offre le jour présent. Les murs blancs vont disparaître, laissant apparaître des parois grises, imposantes, austères, écrasantes, presque cauchemardesques. On est pris dans une dynamique dont on sent qu’elle peut nous emmener à la tragédie. Fascinante dans sa robe noire, Nora danse, survoltée, elle veut forcer le destin. Elle pousse mari à tout accepter, à tenter le courage de Thorvald. Mais rien à faire. Le mari, présenté à juste titre comme un peu falaud, parfois méprisable par son matérialisme, touche aussi par sa naïveté. Et, dans son obstination, on pourra discerner une dimension éminemment tragique de la pièce : c’est la fatalité, non des dieux, non de la société, mais celle que l’homme s’impose à lui-même par son comportement.

Et puis il y a cette dynamique, cette direction qui prend tout son sens par la mise en scène. Le couple Elmer part d’une légèreté pour rompre, s’abaisser en quelques sortes. Madame Linde et Krogstad, les anciens amants qui s’étaient séparés, se retrouveront au contraire. Dans cette symétrie où le docteur Rank joue un rôle capital, on pense aux éternelles tensions entre rêve et réalité, entre l’illusion et le réalisme. Ibsen nous dit que le rêve bâti sur le mensonge s’effondrera un jour, qu’on ne peut pas attendre un miracle concret qui doit subvenir rapidement. Un miracle ne peut venir qu’en abandonnant son attachement aux choses de la vie, et Nora le comprend durement. Les murs s’ent rouvrent lorsqu’elle projette de se suicide, comme pour sortir de cette oppression. Puis ils se referment : le suicide n’était pas la bonne solution, il n’y a peut-être pas de solution. Elle choisira de partir, lentement, laissant derrière elle son mari et ses enfants qu’elle chérissait tant.

Témoignant d’une grande sensibilité, d’un profond travail du texte et d’une maîtrise des intentions, la mise en scène est servie par une impressionnante performance de tous les acteurs – Chloé Réjon (Nora) et Philippe Girard (le docteur) notamment. Seulement pourrait-on dire, peut-être, qu’elle frappe et interroge, voire fascine, plus qu’elle n’émeut. On retiendra peut-être surtout, non d’incroyables moments ou de grands sommets émotionnels, mais une grande fidélité au texte, qui impressionne, au risque, tout au plus de sembler parfois légèrement négliger la proximité avec le spectateur.

 

 

Chloé Réjon : Nora

Eric Caruso : Helmer

Bénédicte Cerutti : Madame Linde

Thierry Paret : Krogstad

Philippe Girard : Docteur Rank

Annie Mercier : Anne-Marie

Yann Leguern : le livreur

 

Les enfants en alternance : Esther Denis, Nil Dudoignon-Valade, Victor Fisbach, Lou Pouillon

Par Benjamin Romieux - Publié dans : Théâtre
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Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /Nov /2009 01:19

Bon voilà : depuis la rentrée de septembre, j’ai le sentiment de m’être un peu lâché en ce qui concerne le théâtre. Une moyenne d’un peu plus de deux pièces par semaine, et une nouvelle révélation : Frères et sœurs d’Abramov, mis en scène par Lev Dodine, le directeur du Maly Drama Théâtre de Saint-Pétersbourg – Théâtre de l’Europe, l'un des meilleurs théâtres de Russie et du monde.. Ce spectacle restera dans ma mémoire comme, jusque là, le plus beau que j’ai jamais vu. Je prendrai le temps de parler plus tard plus en détail du théâtre de Dodine, une fois que je l’aurai mieux approfondi – il me reste cinq pièces à voir dans la rétrospective qui lui est consacrée ! Reste que Frères et sœurs et Les étoiles dans le ciel de l’aube, les deux premières du cycle, font partie de ces spectacles bluffants, dont on serait incapable de détecter la moindre imperfection.

Lev Dodine adopte une méthode de travail particulière, en tout cas pour un Européen. Tout spectacle en Europe se crée en quelques semaines, voire en deux ou trois mois. Rarement plus. Dodine, lui, voit le théâtre comme un voyage d’investigation et de découverte. Il se plonge pendant plusieurs mois, un an ou plus, avec toute sa troupe, dans un lieu et une société particuliers. On y retrouvera, bien sûr, la tradition naturaliste et psychologique des artistes russes. Celle, entre autres, de Dostoïevski ou Stanislavski.

 

En faisant quelques recherches, je suis tombé sur un texte de Dodine particulièrement intéressant. Il commente le spectacle Les éphémères – que je n’ai pas eu le privilège de voir – d’Ariane Mnouchkine. Il parle du théâtre comme une investigation et une découverte, fût-elle naïve, de l’être humain. Il y refuse la facilité de la désignation banale et surannée du mal. Il préfère le rechercher dans l’homme, au plus profond possible.

Un texte que j’ai trouvé remarquable, peut-être fondateur…

 

« De tous les spectacles de Mnouchkine que j’ai pu voir (les Shakespeare, Les Atrides), c’est celui qui m’est le plus proche. À travers les formes archaïques et exotiques dont elle a eu l’expérience et la connaissance, elle est arrivée, en fin de compte, à un spectacle absolument contemporain et classique à la fois. Pourquoi ai-je envie de parler des Éphémères ? Parce que pour moi, ce spectacle est un événement essentiel dans le contexte d’aujourd’hui. C’est un des rares, si ce n’est un des premiers, ces dernières années, à ne pas pratiquer un théâtre qui « désigne ». Dans le monde du théâtre, européen, américain, canadien et russe, s’affirme de plus en plus un théâtre dur et rationaliste, qui désigne la surface des choses, mais n’étudie rien, n’approfondit rien, connaît tout d’avance et lance des affirmations a priori, un théâtre plein d’indifférence, froid, injuste et imprécis. Un théâtre qui, par sa forme, prétendrait à être novateur, mais qui en réalité ne fait qu’asséner des vérités absolument banales sur l’horreur du monde. Ce théâtre-là, « désignatif », est absolument insensible à l’homme, à son destin, parce qu’aucun homme sur cette scène-là n’est différent d’un autre. Il est peut-être habillé différemment, parle avec une autre voix, mais c’est le même. C’est un théâtre glacé qui, au fond, détruit et le concept même de théâtre et celui de jeu de l’acteur, parce qu’il n’y a rien à faire naître dans un tel théâtre, ni l’âme humaine, ni l’organisme humain ne peuvent s’y développer. Dans ce théâtre, la métaphore la plus puissante et la plus talentueuse peut n’exprimer parfois qu’un sens banal et usé. On peut monter Hamlet de façon très inventive, mais si le monde entier est nul et si Hamlet n’est qu’un héros malheureux, la pensée reste totalement banale, le théâtre n’avance pas, ne se développe pas, d’autant plus qu’il y a de moins en moins de belles métaphores et que la banalité de la pensée est de plus en plus arrogante. En ce sens, Mnouchkine, en opposition avec tout ce qui est le plus répandu aujourd’hui, n’a pas affaire à la représentation de la réalité, comme 90 % du théâtre d’aujourd’hui, mais à la réalité elle-même. Ce qui est l’essence de tout art et de tout théâtre, loin du post-modernisme qui ne traite que la représentation de la réalité et ignore la réalité elle-même. Elle revient à cette réalité. Elle l’étudie, elle s’y plonge, avec, dit-on, plus ou moins de précision selon les thèmes abordés — j’ai entendu des critiques, ce n’est pas à moi de juger —, mais il me semble qu’elle ne raconte que ce qu’elle sait. Et pour moi, c’est un retour au grand théâtre de l’humain, le dépassement du postmodernisme destructeur.

Il ne faut pas seulement parler des Éphémères comme d’un très bon spectacle. C’est pour moi, par de nombreux aspects, un phénomène révolutionnaire. Les Éphémères créent un théâtre d’investigation, un théâtre qui se plonge dans une quête ; c’est le théâtre de l’homme particulier, unique. On n’a pas affaire aux « fonctions » politiques, sociales, dont le théâtre est rempli aujourd’hui, mais à un théâtre de l’homme unique, qui étudie le destin, la douleur, la joie et les motifs absolument particuliers de cet homme particulier. C’est à partir de là que nous pouvons progressivement arriver à des généralisations, au destin de l’homme en général, aux contradictions de ce destin et à ses lois. C’est-à-dire qu’en fait, nous ne commençons à parler du général que lorsque nous parlons du particulier.

 

C’est là un retour à un théâtre authentique. L’indifférence au destin de l’individu, son alignement sur tous les autres, sont pour moi des conséquences du fascisme aussi bien que du communisme. En ce sens aujourd’hui le théâtre de gauche comme le théâtre de droite prolongent souvent ces deux tendances terribles du XXème siècle, quand l’intérêt pour ce qui est essentiel — le destin particulier de chaque homme — n’avait pas droit de cité. Encore une fois, ce n’est qu’à partir de ce destin individuel qu’on peut établir des lois générales, et non le contraire. De là naît un théâtre de la compassion au sens fort du terme : pas un théâtre où l’on vit simplement des émotions ensemble, mais un théâtre de la compassion, de la compréhension, du respect de l’autre. La scène d’aujourd’hui abonde en spectacles qui affirment avec un talent agressif une chose : l’homme et l’humanité sont de la merde. Ces spectacles ne parlent pas de ceux qui les ont faits, parce qu’aucun metteur en scène ne dira jamais cela de lui. Ce sont donc toujours des spectacles sur les autres où le théâtre, le metteur en scène et les acteurs sont opposés au reste du monde, à l’horreur, la saleté, à la décharge universelle. Dans Les éphémères, il y a aussi tout cela, tout ce dont parle le théâtre contemporain, mais cela passe par la compassion. C’est pour moi d’une extrême importance, et il me semble, à en juger par quelques conversations, que cela n’est pas jugé à sa juste valeur en France. Comme toujours quand ce n’est pas un jeune metteur en scène qui fait un nouveau travail, quand une révolution, j’ose encore le mot, est fait par un artiste d’un certain âge, cela suscite de la tension : il est beaucoup plus facile d’accueillir et de comprendre une révolution faite par des jeunes. En outre il est toujours plus difficile de comprendre ce qui se passe tout près de soi, je le sais par expérience personnelle. Nul n’est prophète en son pays. […]

 

J’ajouterai que cela fait longtemps que je n’avais pas entendu, non seulement dans un spectacle français, mais sur la scène européenne en général, un discours aussi vivant, aussi immédiat. Ce spectacle fait revenir les acteurs aux problèmes professionnels de la respiration vivante, de la vie vivante, du mot vivant, ce qui me semble pour le théâtre français, assez conséquent, parce que quand le vivant s’en va, c’est la tradition académique du parler déclamatoire qui triomphe. Je vois, dans Les Ephémères une puissante ligne qui part de Vilar, du jeune Planchon, du jeune Chéreau et qui passe par les spectacles de Peter Brook, son Tchekhov, ses Shakespeare.

 

Ce genre de théâtre exige un long processus de genèse, de naissance. Les Ephémères ont mis presque un an à se faire et non cinq, six ou huit semaines comme les productions actuelles. Ce spectacle implique une compagnie artistique et humaine — et ce n’est pas dû au fait de l’existence d’une cuisine commune où l’on prend ses repas ensemble : on peut manger ensemble et mettre au monde des constructions tout à fait neutres, refroidies. Ce qu’il faut, ce sont des relations artistiques, une collaboration, une compréhension réciproque, la capacité d’écouter le partenaire et le collaborateur. Tout ce que le théâtre contemporain est en train de perdre de façon catastrophique. Et cette grande dame du théâtre français qui, à Avignon, arrosait au jet d’eau les jambes du public (il faisait 40°), restitue vraiment à la scène l’essentiel — et il me semble aussi qu’elle a accompli pour elle-même un grand pas intérieur. Elle rend à la scène le meilleur, ce pour quoi le théâtre existe, et elle construit le théâtre du XXIème siècle. Je suis convaincu que le théâtre de demain, à propos duquel tout le monde s’interroge, sera celui-là. Vivant, humain, compassionnel, et il réfléchira d’abord au destin d’un individu, pris en particulier, en cherchant à comprendre à travers lui le destin de l’humanité.

 

Il faut dire que tout le chemin parcouru par Mnouchkine, avec son théâtre archaïque, son théâtre formel, son théâtre exotique, est ici utilisé d’une façon forte et bouleversante. Cette création humaine et palpitante que sont Les Ephémères est construite de façon formelle, elle est organisée avec puissance et avec un calme épique progressif, ce qui ne peut exister que chez un grand maître. En ce sens, elle utilise toute l’expérience du modernisme comme un maître qui, façonné par lui, n’en utilise pas les rebuts, les déchets. Elle utilise l’expérience du modernisme pour aller plus loin. C’est pour elle un instrument, pas le but unique. La combinaison du formalisme des praticables à roulettes avec l’authenticité absolue de chaque objet, de chaque bouteille, c’est remarquable. La façon dont, en partant d’un petit chariot vide, le spectacle développe de grandioses images, quand tournent ensemble six plateformes ou plus, et puis revient à ce petit « ovule », c’est remarquable. C’est tout simplement un vrai roman — on peut évoquer Thomas Mann, Proust, Joyce …

 

Dans ce spectacle, Mnouchkine a permis la naissance d’une réalité humaine vivante, d’une grande quantité d’hommes et de femmes vivants. C’est le grand rêve du metteur en scène, c’est la réalisation de ses potentialités démiurgiques. Le metteur en scène n’est pas celui qui dit : tu vas à droit ou à gauche, tu fais ceci, tout cela a tel ou tel sens.  Mnouchkine est à la fois metteur en scène-miroir, metteur en scène-auteur, metteur en scène-accoucheuse et metteur en scène-géniteur. Elle met au monde toute une vie infinie qui se multiplie ensuite, me semble-t-il, indépendamment de sa volonté. Les acteurs sont tous remarquables.

Enfin, quand je prononce le mot « révolutionnaire », je veux d’abord dire que ce spectacle est historique. Et que le théâtre français et le théâtre mondial doivent prendre conscience de l’importance de cette expérience, de cette création. L’affaire de l’artiste, c’est de mettre au monde, l’affaire du monde artistique, c’est de prendre conscience, de se rendre compte, de comprendre. Un livre, on peut le comprendre cent ans après la mort de l’écrivain ; pour le théâtre, il faut faire vite, pendant que le spectacle existe. C’est pourquoi j’ai eu très envie de prendre le temps de parler avec vous des éphémères, de dire ce que je pensais de ce spectacle unique. »

 

Lev Dodine

Par Benjamin Romieux - Publié dans : Théâtre
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Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /Nov /2009 00:41

     J’ai déjà eu l’occasion de vous parler du Cirque des Mirages, ce tour de chant plus qu’impressionnant. Ils enthousiasment les salles depuis leurs débuts, en 2000. Ils étaient à Avignon cet été, à mon ravissement. Les voir sur scène constitue une sorte de choc inoubliable, un torrent émotionnel rare.

     Attention cependant : ça ne plaît pas à tout le monde, et parler de « choc » n’est pas forcément exagéré, les chansons allant très loin parfois…

 

     Tout ceci pour signaler qu’ils sont, justement, en ce moment-même en concert à Paris, aux Trois Baudets, comme j’en avais parlé à mon retour d’Avignon. On peut les y voir ou les revoir du 10 au 29 novembre – et je suppose qu’il faut réserver rapidement.

     En effet, le Cirque des Mirages a un public très particulier : totalement conquis, mais restreint à ceux qui ont eu la chance, un jour, d’en entendre parler. Car on ne peut pas ressortir d’un de leur concert sans dire qu’« on n’a jamais vu ça… » On rêve que, d’ici peu de temps, ils prennent le pas sur la chanson-guimauve. Un rêve ? Peut-être pas…

 

     A noter qu’un DVD d’un de leur concert, Dans les arcanes du temps, de 2008, vient de paraître. C’est beau à voir, mais c’est encore beaucoup mieux en vrai.

 

     Pour les curieux, voilà le lien de la page « presse » de leur site. Voyez par vous-mêmes les pages et les pages de coupures de presse sensationnelles (58 extraits si j’ai bien compté !), absolument dithyrambiques.

 

     Maintenant, j’en ai trop dit… Mais franchement, allez-y !

Par Benjamin Romieux - Publié dans : Musique
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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /Nov /2009 22:22

Figaro divorce

 

De Ödön von Horváth

 

Mise en scène de Jacques Lassalle

A la Comédie-Française (salle Richelieu) du 26 septembre 2009 au 7 février 2010

Durée : 2h50 avec entracte

 

       On sentait monter l’ambiance révolutionnaire dans le mariage de Figaro. Beaumarchais faisait triompher les valets, ridiculisait les nobles. Mais que devait-il advenir du conte Almaviva, de sa femme, de son valet Figaro, de Suzanne, ou encore du page Chérubin après les évènements de 1789 ? C’est ce récit que l’auteur autrichien Von Horváth (1901-1938) se propose d’écrire. 1789 : Almaviva fuit, accompagné de sa femme, de Figaro et de Suzanne. Mais il est difficile pour les deux aristocrates de s’adapter. Figaro les quitte, soucieux désormais de sa réussite en tant qu’homme libre. Il ouvre un salon de coiffure. Suzanne le suit. Du valet revêche et plein d’esprit de Beaumarchais, Figaro passe alors au commerçant petit-bourgeois obséquieux, et Suzanne ne semble pas l’apprécier. Si bien qu’elle demande le divorce. Figaro l’opportuniste sent qu’il est temps de retourner en France faire son autocritique.

       J’hésiterais à dire que cette pièce est un chef-d’œuvre. Un peu plus de rythme, un choix plus marqué entre la pièce-chorale où l’accent sur un nombre réduit de personnages. Peut-être encore davantage d’émotion ou de profondeur dans chacun des personnages qu’on voudrait trouver encore plus intéressants. Voilà ce qui me l’aurait fait aimer encore un peu plus. Mais Jacques Lassalle tire le meilleur de cette très bonne pièce, peinture du désarroi de ceux qui ne peuvent s’adapter. Une pièce sur les pertes de repères, la décadence, qui balance délicatement entre l'ironie et le pathétique, où le tendre et exalté Chérubin devient un immonde, cynique et très opulent directeur de cabaret. Et c'est un temps, aussi, où les divorcés n'ont droit qu'au mépris et au soupçon, jamais à la reconnaissance ni au respect. 

       Lassalle est un directeur d’acteurs sensationnel. Que de précision dans les intentions de jeu ! L’harmonie absolument parfaite entre tous. Ce n’est pas dans une de ses mises en scène que l’on pourra dire que tel ou tel comédien est trop peu mis en valeur. On a l’impression qu’un amour pour le jeu et pour le public se déverse sur nous, tant chacun donne tout ce qu’il a. Michel Vuillermoz, le grand Vuillermoz de Cyrano, pour ne parler que de lui… Des impulsions tellement émouvantes. Triste, on le serrerait dans nos bras. Fougueux, on le suivrait. Obséquieux, on est mal à l’aise. En colère, on courrait se cacher. Quant à Bruno Raffaelli, la noblesse transpire de cet acteur comme, finalement, assez rarement. Florence Viala est particulièrement émouvante. Loïc Corbery, travesti en juriste aux tons nazis, est assez hallucinant.

       Enfin, un sens prodigieux de l’esthétique. Un régal visuel et musical comme rarement au théâtre. Le rideau se lève sur la forêt, de nuit. Un ciel sombre et étoilé, gigantesque et, à l'avant-scène, une scène qui pourrait être mythique ou biblique. Ou encore une terrasse de sports d’hiver cette fois d’une blancheur frappante. L’idée de la tournette, pour nous transporter d’un lieu à un autre selon les scènes, n’était peut-être pas le meilleur moyen. Mais en fait, les images que l’on garde longtemps après en tête sont celles d’une fresque vivante, précise, mobile. Vivante, oui, mais suspendue, en attente. Les phrases restent sans réponse, et c’est comme si le décor, en se mettant en mouvement, leur répondait. En attente, en suspension, car Figaro divorce, c’est avant tout le peinture d’une génération, d’un mode de pensée, comme l’on pourrait écrire sur les romantiques ou sur Mai 68. C’est le doute, le tiraillement, la tentative devant un évènement soudain qui dépasse totalement les protagonistes. La révolution, le mariage, voilà les images de ces évènements, intemporels. Des évènements qui mettent fin à un ordre des choses, celui du mariage, et privent les protagonistes de tous repères. La pièce est supposée suivre celle de Beaumarchais, mais Horváth l’a transposée au XXème siècle. C’est bel et bien qu’il s’agit de n’importe quelle révolution, toute révolution.

Claude Mathieu* : La sage-femme

Catherine Sauval : La comtesse

Thierry Hancisse : Pédrille

Sylvia Bergé* : La sage-femme

Bruno Raffaelli : Le comte Almaviva

Alain Lenglet : Le 1er douanier, le professeur et Antonio

Florence Viala : Suzanne

Céline Samie : Fanchette

Jérôme Pouly* : Le 2e douanier, le garde-forestier et le sergent

Michel Vuillermoz : Figaro

Christian Cloarec : L’officier, Joséphine, le Commissaire

Loïc Corbery : Le 4ème douanier, la juriste

Pierre Louis-Calixte : Le 3ème douanier, le client

Serge Bagdassarian : Monsieur de Chérubin

Gilles David* : Le 2ème douanier, le garde-forestier, le sergent

 

Géraldine Roguez : la secrétaire

Florent Gouëlou, Renaud Triffault, Corinne Martin : des pupilles de la nation

 

* en alternance

Par Benjamin Romieux - Publié dans : Théâtre
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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 22:00

La Serva Amorosa

 

De Carlo Goldoni

Mise en scène de Christophe Lidon

Au théâtre Hébertot du 18 septembre 2009 au 3 janvier 2010

 

     A bien des égards, la Serva Amorosa fait partie de ces belles histoires, proches des contes, qui font partie d’un univers de princes, de paysans et de sorciers. Ici, pas de sorcières, et pourtant on pense à une belle histoire dans laquelle Béatrice, une marâtre, terrorise son vieil époux Ottavio, chasse Florindo, le fils de son mari, à quitter la maison. Pour, bien entendu, accaparer tout l’héritage du pauvre Ottavio manipulé jusque dans l’écriture du testament. Mais Coraline, la bonne et intelligente servante qui a accompagné Florindo dans son exil, et qui est secrètement éprise de son jeune maître, va tenter de renouer tous les liens familiaux et amoureux. En arrière-plan, une évidente influence de comedia del arte, qui se manifeste dans les caractères tranchés, à la fois caricaturaux et attendrissants à la manière des clowns ou des belles marionnettes. En filigrane, aussi, le portrait d’une servante en quête de reconnaissance et d’amour, qui n’ose pas révéler sa flamme de peur du ridicule, et qui conclura la pièce par un court plaidoyer pour la reconnaissance de la femme et de la servante.

     La mise en scène tire de la pièce le bon parti, en gardant cet esprit teinté de joie, de couleurs et de naïveté Un décor aérien, esthétique et irréel, qui nous fait aller de la chambre sous les toîts à la porte de chez Ottavio. Une énergie captivante chez à peu près tous. Robert Hirsch est totalement époustouflant. Lorsqu’on ne l’a jamais vu sur scène, ça fait un choc. Dans le rôle du vieil et sénile Ottavio, il réussit un grand tour de finesse, de tendresse et de comédie – on retiendra comme une scène d’anthologie la partie de cartes où Ottavio est agrippé à ses cartes. Claire Nadeau arrive également à toucher tout en restant inquiétante dans le rôle de Béatrice. J’ai en revanche été déçu par Clémentine Célarié, dont on m’avait dit beaucoup de bien, dont j’ai trouvé l’engagement et la présence vraiment en-deça de ce que j’attendais.

     Mais la pièce vaut toujours le coup, pour Robert Hirsch, pour le rire, et pour un peu d’évasion…

 

Avec Clémentine Célarié (Coraline), Claire Nadeau (Béatrice), Robert Hirsch (Ottavio), Denis Berner, Benjamin Boyer, Emilie Chesnais, Emilie Durand, Thierry Montfray, Guilhem Pellegrin, Pierre Zaoui.

 

 

 

La douleur

 

De Marguerite Duras

Avec Dominique Blanc seule en scène, mise en scène de Patrice Chéreau

Au théâtre de l’Atelier du 17 septembre au 11 octobre

 

     Dans ce texte, Marguerite Duras parle du retour des camps d’extermination avec une langue très saisissante. La mise en scène assez épurée – quelques chaises, une table, aucune musique, des lumières blanches – tire le meilleur de ce texte, que Dominique Blanc sert avec engagement et sincérité. Mais ici, j’ai eu l’impression que l’engagement et la finesse ne suffisent pas toujours à faire un grand moment de théâtre. Peut-être le texte de la douleur n’est-il pas assez théâtral, c’est-à-dire qu’il ne donne pas les clefs de ce moment unique qu’est la représentation. La douleur, les douleurs, oui, M. Duras les explore toutes. Pourtant, pour être porté à la scène, un texte de théâtral doit donner au personnage et à l’action une certaine humanité, une assise dans le lieu. Pas nécessairement de vérité, non. Mais un objectif, une raison d’être sur scène qu’on distingue mal. On imaginerait plutôt cette femme, devenue vieille, réservée, un peu secrète, et l’on lirait sans doute le texte avec grand intérêt. Sans difficulté, on pourrait supposer que cette femme écrive, car par l’écrit, le rapport avec le monde est indirect, et protège. Mais là, elle se livre directement, ce qui provoque un certain trouble, un certain paradoxe. Sur scène, on y croit moins, parce qu’il ne suffit pas d’un témoignage. Parce que sur scène, un personnage ne choisit pas, ne pèse pas ses mots comme il écrirait un témoignage. Si un personnage se confie sur scène, il ne peut qu’être direct, comme l’ami proche qui se confie à nous. Sinon, s’il n’est pas l’ami proche, naturel parce qu’il n’a pas peur, pourquoi se confierait-il ? Or, le texte ne donne en rien la possibilité d’installer ce lien charnel et naturel que suppose le contact sur scène. Le pari était donc difficile.

     Il n’en demeure pas moins que la mise en scène et le jeu de la comédienne restent excellents, et remplissent au mieux, dans les limites du possibles, le pari difficile de mettre ce texte à la scène.

 

 

 

Après la répétition

 

D’Ingmar Bergman

Mise en scène de Laurent Laffargue

Au théâtre de la Commune d’Aubervilliers du 23 septembre au 9 octobre

 

     Le réalisateur de cinéma Ingmar Bergman, féru de théâtre, se penche ici sur le côté coulisse. Un soir, après la répétition, la jeune comédienne Anna vient discuter avec le metteur en scène Vogler qui pourrait être son père. Ils parlent du métier d’acteur, de la vie. Ils évoquent la naïveté qui fait que l’on décide de croire à l’irréel au théâtre. Vogler montre à Anna comment, avec quelques briques, on peut créer un semblant de petit décor. Puis Anna disparaît, et c’est le flash-back : sa mère, Rakel, disparue depuis lors, apparaît en face de Vogler. Elle était comédienne, elle aussi. Une grande comédienne, perdue par son penchant pour la drogue. On comprend que Vogler et elle étaient amants, et qu’Anna pourrait bien être la fille du vieil homme.

     Beaucoup de tendresse est véhiculée par cette pièce. De l’illusion et de la désillusion aussi. Finalement, rien ne commence et rien ne finit. Les outils de mise en scène montrent bien à quel point l’illusion se décrète. La scène s’ouvre dans le noir. Une lumière, juste : la servante, cette lumière qui veille symboliquement sur le lieu scénique jour et nuit. Elle tourne. Une armoire trop grande, des murs trop dégarnis, des meubles trop vieux. Rien de vraiment réel. On vit durant cette pièce un beau rêve sur le théâtre, servi par trois excellents comédiens. Didier Bezace passe avec virtuosité du vieillard méchant  à l'homme usé, fatigué et attendrissant. Fanny Cottençon donne une bouleversante vérité et une impressionnante énergie à cette actrice ravagée : spontanéité, émotion, tout y est. Et Céline Sallette est très émouvante dans le rôle de la jeune actrice qui cherche ses marques, hésite, et est un peu désabusée lorsqu’elle sait qu’elle marche dans les pas d’une mère qu’elle déteste.

 

Avec Didier Bezace (Vogler), Fanny Cottençon (Rakel) et Céline Sallette (Anna)

Par Benjamin Romieux - Publié dans : Théâtre
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Mon blog (année 2009-2010)

     Initialement, j’ai ouvert ce blog sans avoir d’objectif très clair. Je voulais avoir un endroit pour publier des articles sur ce que je voyais et ce que je pensais. Mes centres d’intérêt sont principalement, d’une part les sujets ayant rapport à la vie politique, l’histoire et la philosophie, d’autre part le théâtre. Depuis plusieurs mois, je consacre essentiellement ce blog à des commentaires de pièces de théâtre. Vous trouverez donc un certain nombre de ces commentaires à la rubrique « théâtre », mais aussi d’autres rubriques sur d’autres sujets. Pour l’année à venir, j’espère réussir à diversifier mes articles, ou en tout cas prendre le temps d’approfondir ce que j’écris.

     N’hésitez pas à me laisser des commentaires : ils me pousseront justement à écrire !

 

Benjamin

Présentation

  • : Blog d'un étudiant amateur de théâtre, diplômé BAFA (hé hé !), passionné de politique et qui écrit un peu tout ce qui lui passe par la tête (essaie d'être sérieux, malgré quelques écarts !)
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Agenda Théâtre

Vu :
- 19 septembre : L'Avare à la Comédie-Française

- 20 septembre : Partage de midi au Théâtre Marigny
- 25 septembre : Les enfants de Saturne à l’Odéon
- 26 septembre : La Serva Amorosa au Théâtre Hébertot
- 2 octobre : La douleur au Théâtre de l'Atelier
- 3 octobre : Après la répétition au CDN d'Aubervilliers
- 4 octobre : Figaro divorce à la Comédie-Française
- 7 octobre : Philoctète au Théâtre de l’Odéon
- 10 octobre : Simplement compliqué aux Bouffes du Nord
- 16 octobre : Le songe de l'oncle à l'Epée de bois
- 17 octobre : Marie Stuart au TGP de Saint-Denis 
- 22 octobre : Parole et guérison au Th. Montparnasse
- 28 octobre : Vers toi, Terre promise au Théâtre Marigny
- 29 octobre : Les Diablogues au Théâtre Marigny
- 7 novembre : Frères et soeurs à la MC93
- 10 novembre : Les étoiles dans le ciel de l'aube à la MC93
- 11 novembre : (A)pollonia au Théâtre de Chaillot
- 15 novembre : Les démons à la MC93
- 17 novembre : Philoctète au Théâtre des Abbesses
- 21 novembre : La pièce sans nom à la MC93
- 24 novembre : Maison de poupée au Théâtre de la Colline
- 26 novembre : Tchevengour à la MC93
- 1er décembre : Vie et destin à la MC93
- 3 décembre : Les enfants du soleil au Théâtre 13
- 4 décembre : La ménagerie de verre (Th. d'Aubervilliers)
- 5 décembre : Rêves au Théâtre Mouffetard
                        Oncle Vania à la MC93
- 6 décembre : Juste la fin du monde à la C-F
- 10 décembre : Georges Dandin (Atelier Théâtre F. Jacquot)
- 11 décembre : Le dragon bleu au Théâtre de Chaillot
- 12 décembre : Médée au Théâtre des Amandiers
- 19 décembre : Rosmersholm au Théâtre de la Colline
- 20 décembre (?) : Les joyeuses commères... à la C-F
- 22 décembre : Qui est Monsieur Schmitt ? (Madeleine)

A voir :
- 23 décembre (?) : J. Weber seul en scène au Th. Marigny
- 30 décembre : La petite Catherine de Heilbronn à l'Odéon

2010 :
- 8 janvier : La guerre des fils de lumière... à l'Odéon
- 14 janvier : L'école d'opéra de Pékin à la MC93
- 21 janvier : Casimir et Caroline au Théâtre de la Ville
- 22 janvier : Deux voix au théâtre des Amandiers
- 23 janvier : Manhattan Medea au Théâtre de la Colline
- 29 janvier : La flûte enchantée à la MC93
- 5 février : Blackface à la MC93
- 6 février : Woyzeck à la MC93
- 11 février : Maison de poupées à la MC93
- 12 février : Hedda Gabler à la MC93
- 19 février : La toison d'or à la MC93
- 26 février : Maison de poupée au Th. de la Madeleine
- 12 mars : Cymbeline à la MC93
- 13 mars : Ode maritime au Théâtre de la Ville
- 16 mars : Zemire et Azor à l'Opéra Comique
- 19 mars : Les Justes au Théâtre de la Colline
- 23 mars : Un tramway nommé Désir au théâtre de l'Odéon
- 2 avril : Maison de poupée au théâtre des Amandiers
- 9 avril : La trilogie de la villégiature à la MC93
- 10 avril : Epousailles et représailles (th. des Amandiers)
- 16 avril : Invasion ! au théâtre des Amandiers
- 5 juin : Israel Galvan au Théâtre de la Ville
- 8 juin : Combat de nègre et de chiens au Th. de la Colline
- 9 juin : Flowers in the mirror au théâtre des Amandiers
- 11 juin : Jean-Louis Trintignant au théâtre des Amandiers
- 14 juin : Les âmes mortes à la MC93
 

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